Parcours
Sociologue et philosophe de formation, récemment formé aux « pratiques narratives », je travaille depuis près de trente ans sur les manières dont se fabriquent les connaissances, les pratiques professionnelles, les expériences de vie, les institutions, en particulier en lien avec la santé et l’agriculture.
Ma trajectoire s’est déployée en trois temps : d’abord dans des centres de recherche et à l’université, puis dans des missions d’études et de conseil pour des commanditaires publics et privés. Désormais et depuis peu, également dans une posture plus propositionnelle et d’accompagnement — où je souhaite porter des orientations, et les projets correspondants, formations, écrits, autour de l’agriculture régénératrice, de la densité nutritionnelle et de la santé métabolique, ou encore du travail en agriculture.
Deux ruptures structurent ce parcours, l’une assez nette en 2015, l’autre partielle et en cours depuis 2024. Un fil continu les traverse pourtant : l’attention au cas singulier, le refus du réductionnisme et de l’idéologie, la rigueur et la déontologie, l’épistémologie comme discipline appliquée plutôt que comme rhétorique de surplomb.
1. 1998–2014 · Recherche académique
J’ai mené une trajectoire universitaire de quinze ans, partagée entre la sociologie et la philosophie. Après plusieurs années marquées par un fort intérêt pour la sociologie de Bourdieu, mon DEA de sociologie à l’EHESS sous la direction de Rémi Lenoir, joint à la fréquentation du séminaire de Luc Boltanski, m’a ouvert à l’analyse pragmatique des pratiques et des interactions. Ma thèse au Centre de Sociologie de l’Innovation (CSI) de l’École des Mines de Paris, où j’ai bénéficié des enseignements de Bruno Latour, soutenue en 2004 sous la co-direction d’Antoine Hennion et d’Isaac Joseph, a porté sur le travail à la RATP, en lien avec la technologie et les usagers. En analysant alors le travail comme collecte, je décrivais comment l’existence se fait par activation relationnelle et processus. Non sans souligner les limites de cette approche (« acteur-réseau ») en regard des philosophies de l’actualisation / individuation (Deleuze).
Lors de mon doctorat j’ai également accompli plusieurs travaux de recherche appliquée pour la RATP : autour de la certification dans les services, et sur la question du transfert d’innovation technologique dans les organisations et pratiques de travail.
Mon post-doctorat à l’Institut Max Planck d’histoire des sciences à Berlin, dans le département de Hans-Jörg Rheinberger, consacré à l’histoire de la réanimation néonatale ainsi qu’à un travail d’anthropologie médicale dans un service de réanimation de prématurés, m’a permis d’élargir mes perspectives vers l’épistémologie historique, de tourner mon regard vers le vivant et les sciences médicales, tout en mobilisant mon vif intérêt pour la pensée de P. Sloterdijk.
Le retour en France s’est fait par un autre postdoc au sein de l’unité pluridisciplinaire sciences sociales / agronomie de l’INRAE/SAD (équipe de M. Barbier, M. Cerf, P. Béguin), dans laquelle j’ai travaillé à une modélisation de la recherche participative pour l’agriculture durable, analysant de nombreux projets de conception mobilisant des agriculteurs et des chercheurs.
J’ai ensuite réalisé un second master, en philosophie, à Paris-X Nanterre, sous la direction de Thierry Hoquet et Élie Düring, consacré à Raymond Ruyer — auteur sur lequel je me suis spécialisé (avec une entrée ontologique et métaphysique, non phénoménologique) et que peu de chercheurs travaillaient alors. Ces travaux de philosophie ont été à consolidés par une participation régulière aux travaux du Groupe d’Études Constructivistes de l’Université Libre de Bruxelles (I. Stengers, D. Debaise). Ils ont été prolongés par une année d’exploration des pensées non-dualistes (notamment via G. Vallin), au voisinage de Whitehead, couplés à la découverte pratique du bouddhisme du grand véhicule.
J’ai en outre été à cette époque ATER à l’université Paris-VII auprès de Céline Lefève, en histoire et philosophie de la biomédecine, consolidant mon ancrage en épistémologie des sciences du vivant (Canguilhem notamment).
Cette séquence s’est achevée par un contrat à l’EHESS-IRESP avec Isabelle Ville, pour une recherche historique et sociologique sur les politiques et pratiques de l’« école inclusive ».
Lieux et institutions — EHESS · Centre de Sociologie de l’Innovation (Mines ParisTech) · Institut Max Planck d’histoire des sciences (Berlin) · INRA/SAD Paris-Grignon · Université Paris-X Nanterre · Université Paris-VII Diderot · IRESP EHESS / Pôle Handicap et Société.
Productions principales — Thèse Collecter, ou la réalisation du métro dans la relation (2004) ; chapitres dans Dynamique des savoirs, dynamique des changements (Octarès, 2009, avec Marianne Cerf), Philosophies de la possession (Presses du Réel, 2011), Chromatikon VII (Presses universitaires de Louvain, 2012) ; édition scientifique du dossier Sloterdijk pour ethnographiques.org (2004) ; participation à l’organisation du colloque Latour à Cerisy-la-Salle en 2007, co-édition de l’ouvrage Humains, non-humains. Comment repeupler les sciences sociales (2011).
Enseignement — 1999 : initiation à la sociologie (TD, Université d’Évry). 1999-2003 : analyse de controverses scientifiques, appui à l’enquête ethnographique sur le travail ouvrier, grands textes des sciences sociales (ENSMP). 2010-2015 : histoire et épistémologie de la biomédecine (Paris-VII, IRTS). 2019 : réalisation d’enquête sur les controverses environnementales (AgroParisTech Montpellier).
Première rupture · 2015
En 2015, je quitte le monde académique. Je crée mon entreprise individuelle, Vertical Horizontal, et entame une séquence en tant que chargé d’études / consultant-chercheur indépendant.
Elle ne se fait pas contre l’académique, mais avec la conviction que les outils intellectuels que j’ai construits là-bas trouvent leur pleine pertinence quand ils sont mis au service de transformations concrètes — à condition de ne plus parler depuis le surplomb mais depuis les situations et enjeux des acteurs institutionnels et de terrain.
2. 2015–2024 · Consultant prestataire
Pendant une décennie, j’ai exercé comme consultant-prestataire pour des commanditaires publics et privés, le plus souvent dans le cadre de marchés publics. Je réponds à des commandes, je conduis des études et des évaluations, je livre des rapports et parfois des recommandations. Le travail s’est concentré sur trois grands champs.
L’agriculture et l’environnement, d’abord, avec des missions répétées sur les bassins-versants en partenariat avec SCE — programme Re-Sources sur le bassin de Courance, du Cébron, du SERTAD, du SMPBC ; études autour de l’agro-écologie (CHRYSOPOP avec Arvalis sur la biosurveillance des ravageurs, étude sur le conseil stratégique en lien avec l’agro-écologie pour le ministère de l’Agriculture, étude pour l’ACTA-Casdar sur l’utilisation des réseaux sociaux numériques par les agriculteurs en transition agro-écologique, travail pour le PARSADA en 2025 pour appuyer la communication auprès des agriculteurs au sujet des pratiques complémentaires aux phytosanitaires) ; travaux sur les usages des baux ruraux pour le ministère de l’Agriculture en 2025 ; rapport ADEME sur les pratiques de brûlage agricole en 2025 ; travaux sur la santé au travail en agriculture (gestion du risque et organisation des chantiers phytosanitaires, pour la DRAAF/DREETS d’AURA) ; en 2026, je participe à l’évaluation du CASDAR avec la méthode ASIRPA adaptée par l’ACTA, en étudiant la manière dont le CASDAR a contribué à réduire la pénibilité dans le maraîchage / filière légumière bretonne.
L’environnement marin, ensuite, avec une mission pour l’OFB et le CNPMEM en 2021-2022 sur les interactions entre pêche et oiseaux marins, une seconde en 2024 sur les déclarations de rejets, pour le compte du From Nord et de l’OPN.
L’énergie et les usages, avec plusieurs missions pour EDF sur la maitrise de la demande énergétique, dont une évaluation de retour d’expérience consacrée au projet SOLENN (EDF R&D / Enedis).
La santé enfin, avec un travail sur l’histoire du diagnostic prénatal en médecine fœtale, une étude sur les patients ayant recours à des prothèses auditives et à leur expérience de vie, et surtout une étude conduite en 2015 pour l’ARS Midi-Pyrénées sur l’expérience patient de la maladie et la perception des parcours de soin hospitaliers.
Cadres mobilisés — Sociologie des situations concrètes, des organisations, de l’innovation, analyse de politiques publiques, cartographie des incommensurabilités entre acteurs, épistémologie appliquée, pratiques narratives, philosophie de Ruyer ou de Tarde mobilisée jusque dans les livrables techniques destinés à des ingénieurs agronomes.
En 2026, je mets en place avec Aurélien Allouche et Polygone une offre combinée études qualitatives / quantitatives, dans le prolongement des projets conduits ces dernières années pour l’ADEME et le ministère de l’Agriculture.
Je propose à partir de 2026, avec Christophe Buys, une formation à l’analyse des trajectoires d’agriculteurs destinée aux agents des agences de l’eau.
Je conçois actuellement, avec Aurélien Allouche, des formations et ressources numériques portant sur les sciences humaines appliquées.
Seconde évolution · 2024-25
Au milieu des années 2020, une nouvelle évolution s’est amorcée — partielle, en cours, et plus complexe que la première. Elle ne marque pas la sortie radicale d’une posture et d’un cadre pour entrer dans tout autre chose, mais l’ajout d’une dimension qui se superpose à la posture de prestataire et finira peut-être par la déplacer plus en profondeur. En plus de répondre à des appels d’offre et des commandes, je porte quelques orientations importantes pour moi, afin d’envisager mes propres projets, formations et écrits. Ce déplacement est à relier à la formation que j’ai réalisée en 2024 pour obtenir le titre de « praticien narratif », qui m’a donné envie d’un positionnement plus tourné vers l’accompagnement que vers l’expertise pure, et à une analyse de l’état du traitement des dossiers dans la décennie 2020, sur les enjeux agricoles, santé et alimentation tout particulièrement, qui me semble poser des problèmes.
Période 3 — 2024–25… · Consultant-accompagnant et propositions d’orientations
Je construis désormais progressivement une posture de consultant-accompagnant, c’est-à-dire intervenant dans des processus de transformation où mon travail d’études (rapports, études, formations) et l’accompagnement des organisations et des personnes ne sont pas séparables. À cette posture première s’ajoute, sans s’y réduire, une dimension d’expert SHS et de tiers veilleur, qui s’appuie sur mes compétences d’études et d’expert en SHS / épistémologie : recul critique, mobilisation des savoirs épistémologiques, vigilance sur les biais et les jeux d’acteurs, notamment pour l’analyse des controverses scientifiques et politico-médiatiques. Cette dimension nourrit la posture de l’intérieur — elle ne définit pas l’identité globale du travail.
Le triptyque agriculture régénératrice / densité nutritionnelle / santé métabolique est à ce stade un objet privilégié de cette nouvelle orientation. C’est un montage à trois faces qui articule des orientations pour l’agriculture, un cadre nutritionnel évolutionniste centré sur le nourishment, et l’approche de médecine métabolique telle qu’elle s’enracine notamment dans l’alimentation low carb.
Dans le cadre de ce projet, j’ai réalisé une mission d’appui pour Planet Score en 2025, dans laquelle j’ai étudié les controverses actuelles autour de la transformation des systèmes alimentaires (épistémologie en sciences de la nutrition et de l’environnement, politiques publiques, sociologie des systèmes d’acteur et d’influence), dans une perspective critique du EAT-Lancet et de la perspective de « végétalisation » de l’alimentation. En 2026, j’ai démarré un chantier consacré aux pratiques de pâturage tournant dynamique dans l’élevage bovin allaitant.
L’autre axe consiste, en lien avec le premier, à souligner le caractère central de la prise en compte des transformations du travail agricole (santé incluse, mais aussi connaissances situées, technologie, organisation, approche globale de l’entreprise, systèmes de valeur et identité professionnelle, emploi-formation), si l’on souhaite contribuer de manière raisonnable, pacifique et efficace aux défis de « transition » de ce secteur. Cela vaut également pour le secteur de la pêche. Le travail sur le pâturage y contribue.
